Check List :
1 T-shirt :OK
1 paire de chaussette :OK
1 short : OK
1 Vieux Pull tout pourri : OK
Manchon de compression Booster : OK = Le total look
Stick anti-ampoule Hansaplast jamais testé: euh OK
Casquette :OK
Sparadrap à l'entre jambe: OK
1 porte bidon de chez Raidlight : OK
Portable Chargé : OK
Dossard et 4 épingles :OK
La puce enlacée : OK
Ipod chargé : OK (3H de mix Master @ Work)
Montre & Cardio avec Pile : OK
1L de boisson d'attente Nutratletic :OK
5 sachets de boissons isotoniques Nutratletic: OK
2 sachets de boisson de récup Nutratletic: OK
2 barres énergétiques Mule Bar: OK
2 tickets de métro : OK

Tout est OK. Let the fun Begin !!
Dernier repas, poulet, pates, Quinoa, riz. Comme ces 3 derniers jours.
Léo et Raph ont déserté à Plaisir. Je me sens bien seul en allant me coucher. Ca aura au moins le mérite de me faire passer une bonne nuit sans réveil intempestif. Je trouve le sommeil difficilement. Je ne réalise pas que demain je cours le marathon.
La semaine dernière, il était clair que je ne le ferai pas. Blessé à la cuisse depuis plus d'un mois, peu de footing dernièrement. Les dernières sorties on été nulles, sans jus, sans envie..
Mais je le ferai, juste par orgueil !
Le réveil sonne à 6H. Enorme petit dèj, à base de pain beurre et Miel + 1 Litre de thé.
1H 30 de mots fléchés et 10 allers retours aux toilettes plus tard je pars…..
Merde la casquette !, j'ai oublié la casquette, demi-tour, 4 étages à se retaper.

J'ai RDV avec Xavier un gars du boulot qui vient de HK, et un pote de Léo. Gilles. Qui a déjà fait Marseille en 4h15 (quel piètre coureur ;-))

Je rentre dans le métro, que des coureurs, ca sent la crème d'échauffement, les gens parlent forts. Je mets mon MP3 à fond dans les oreilles. (MAW you can do it baby !!) je commence à y croire.
Il y a un Philippe en face moi. Qui lui aussi a mis sa crème. Il a les cuisses rouges écarlates. Il a déjà l'air de souffrir le pauvre. Mais il a l'air content. Ca me fait sourire.
Tout le monde descend @ Charles de Gaulle-Etoile. Sauf une personne, un jeune en pleine descente d'acide. Il a pas l'air bien. Le décalage me fait rire. Bonne chance à lui.

Je rejoins Xavier et Gilles. L'ambiance est magique, il fait beau, un ciel bleu magnifique, des milliers de coureurs, pas une voiture. C'est top c'est beau on y est !! Y'a plus qu'a…..
Pipi sur un arbre, pipi sur un camion, On rentre dans la sas. 10 min to go…..
Ca y est les élites partent… C'est bientôt à nous !! On se tape dans les mains, on s'embrasse, on y est !!! on est remonté à bloc.
Merde j'ai encore envie de pisser. J'ai pris l'option bouteille cette fois.

On passe le départ, sous les bip-bip des puces. A nous Paris !! on va envoyer du bois !!!! on va aller au bout !!!!
La descente des champs est magique, ca roule. Il fait beau, on est bien. Ca va le faire. On ne se marche pas dessus, ca déroule….
On se colle sur un rythme de sénateur, 6' du km, pour les premiers km.
Rue de Rivoli, le Louvre, la mairie de Paris, ca roule tranquille, c'est magnifique. Pas mal de public, des encouragements. Une vraie belle sortie du dimanche entre potes. On a de la place, personne ne se marche dessus. On est au top.
Je suis surpris par le nombre de jolies filles qui courent. Ca fait plaisir, et ca occupe.
On arrive au premier ravito à Bastille. Je ne prends rien j'ai déjà tout sur moi.
Dans la bagarre je perds Xavier et Gilles. Aïe !! Pas déjà, c'est trop tôt. Heureusement Gilles me retrouve rapidement, par contre Xavier, est porté disparu. Good luck !!

On enchaine tranquille, on papote sec, on est bien.
Une femme m'aborde. Elle est encore longue le montée ?. Je la regarde d'un air étonné. Quelle montée ? l'avenue de Reuilly ? C'est un peu plus loin. Elle me fait remarquer que l'on est avenue de Reuilly !! Je lui réponds donc mécaniquement qu'on y est presque.
Oh la la !! Qu'est ce qu'on est bien !! Ca monte, on en s'en rend même pas compte. La même montée m'avait cassé les pattes lors du semi.

10 km on rentre dans le bois, ca fait une heure qu'on est parti. 2ieme ravito. Refill d'eau, pour mes poudres.
On enchaine, on est dans le bois, on accélère doucement on est maintenant à 5'4 du Km. Ca déroule, on enfile les km, comme des perles, on parle avec les gens autour de nous. On s'aide, on se passe de l'eau. C'est vraiment chouette.
Gilles me prévient des dos d'âne. Bien vu !!
On entre à nouveau dans Paris. La foule est là et nous attend. Ca fait plaisir. Les enfants tapent dans les mains des coureurs
KM 18 Gilles à un petit coup de moins bien, on lève le pied jusqu'au semi. Bouclé en 2h09. Je commence à me dire qu'on est parti trop cool, j'ai la grosse patate !!
J'ai mal nulle part, je ne suis pas fatigué c'est de bonne augure. Je sécurise tout ca avec une barre hyper énergétique..
Ma feuille de route se déroule comme prévu. Arriver frais au semi. Tant pis pour le temps. Il faut aller au bout. Le moral est au beau fixe.

Km 24, on se sépare avec Gilles, que je laisse derrière moi. Il doit encore lever le pied. On se souhaite bonne chance, pour la suite. Sans vraiment comprendre ce qui nous attends, et que la chance, c'est pas ca dont on aura besoin.
Je passe des coups de téléphone. Quel con, quel orgueil, quel manque d'humilité !!
Je suis a 6,1 du km. C'est pas l'allure du siècle, mais les km défilent plutôt bien. Et tout va bien
Arrivent les tunnels sur les quais. Pas facile, ca fait du dénivelé, ca casse le rythme et les jambes. Je branche mon ipod, j'ai besoin de son. Ca aide pas vraiment. Mais je tiens mon rythme. Je m'accroche. Je me rends bien compte que le plus dur est à venir. La musique me renferme sur moi-même. Je pense que c'était une erreur. Il faut rester dans l'ambiance.
Ravito du 30 km. Je m'arrête 2 min, je prends bien le temps de boire, de remplir ma gourde, je discute avec les bénévoles. Je me rassure comme je peux.

J'ai du mal a repartir mais je tiens un petit 6,30 du Km. Je m'en satisfait. Surtout que les gens commencent à tomber autour de moi, les gens ont des crampes. Je vois de plus en plus de secouristes, et d'ambulances. Ca ne me rassure pas. En même temps j'ai pas de crampe, et je cours encore moi.

Le passage des 30 Km est magique, comme la montée d'un col au tour de France, la foule est là, rapprochée sur les coureur. Ca crie dans tous les sens

La fatigue est déjà bel et bien la. Je commence à me faire du soucis, d'autant plus que je connais moins le parcours, j'ai du mal à le visualiser.

Je suis dans l'inconnu dans tous les sens du terme.

31, 32,33 KM je m'accroche ca devient tendu. C'est ca le mur ? OK c'est dur mais ca se gère. Il n'y pas de quoi en faire un flan.
Je continue, allez !! moins de 10km.

Au 36 ieme il y a un point rafraichissement. Avec un pompier qui arrose les coureurs. Je me prends une lance à incendie en pleine poire je suis trempé de la tête au pied. Je l'insulte copieusement. Je marche dans une flaque.. J'ai les chaussures mouillées. Comme si j'en chiait pas suffisamment. Il va falloir finir les pieds mouillés. Je craque, s'en est trop. Gros coup au moral. Je continue de courir tout de même.

37 ième, Je peux plus avancer, je suis HS. Je marche. Je passe la Porte de Passy en marchant. Là ou justement il y a des milliers de personnes. J'ai mon ipod à fond, je ne veux pas voir ces gens, je rabaisse ma casquette, je mange une barre. C'est pour moi l'humiliation. Je marche encore 200m et je repars. Le moral dans les chaussettes

Ca vomit sec autour de moi. Peu de gens on l'air de supporter le Powerade. Je me satisfait de mes poudres. C'est un bon choix.

Les 5 derniers km sont d'un enfer incroyable. J'essaye tant bien que mal de conserver un petite foulée. Juste ce qui faut pour ne pas avoir de crampe. Des crampes me forceraient à l'abandon. Le mur, et bien je suis en plein dedans, et il est épais le salaud.
Je me bats avec moi-même. J'alterne course et marche.
Un spectateur solitaire me crie « Allez Jerome, lâche rien, c'est formidable ce que tu fais », Il me fait pleurer le con. Mais je cours à nouveaux.
J'avance comme je peux 38-39-40. C'est long…..
Autour de moi c'est la déchéance humaine, on est tous dans la même galère. Mais on va y arriver, on s'encourage mutuellement.
A ce stade, plus personne ne parle. Il y a un silence incroyable dans le bois de Boulogne. Juste les claps claps des chaussures sur le sol. Et des gens qui se trainent.

C'est pas très beau à voir, ca vomit toujours beaucoup, ca boite, ca saigne, la croix rouge s'affaire de partout.
Ca sent fort les égouts d'un seul coup. Une odeur vraiment degueulasse. Je ne me rendrai compte qu'un peu plus tard que c'est la femme devant moi. Elle s'est fait dessus. Elle a de la merde de partout, ca coule sur ses jambes. C'est juste affreux…..La pauvre.

Bienvenue dans le monde des rigolos qui font un marathon sans préparation. Ca ne pardonne pas.

Au final je termine en 4h36, c'est vraiment nul, très loin de mes ambitions mais quelle aventure. J'ai un super t-shirt de finisher, et mon nom dans l'Equipe.
Gilles finira en 4h46, et Xavier en 4h13